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Lac de l'Est

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LE LAC DE L' EST

 

 
 

Kyjemquispam, prononcez couiemcouispam, vous connaissez? Ce nom, qui apparaît entre autres sur une carte de 1944 conservée à la Municipalité, serait composé de "quispam", associé à "gaspem" qui veut dire "lac" en dialecte micmac, et de "kyjem" qui, nous le supposons, veut dire "est", d'où l'appellation "lac de l'Est". (Le texte du présent chapitre a été préparé par Réjeanne P.-Rivard pour le Lac de l'Est et par Michel Dumais pour le Transcontinental; l'explication du terme indien vient de la Commission de toponymie du Québec. Albert J. Lévesque, Jean-Baptiste Bérubé, Léopold Plourde, Tancrède Dionne et Monique P. Drapeau ont fourni diverses informations pour l'histoire du Lac de l'Est).

Qui d'entre nous n'a pas eu l'occasion de courtiser le Lac pour différentes raisons? Situé au-delà des terres défrichées de Mont-Carmel, avantagé par d'immenses forêts et un lac majestueux long de huit milles (13 km), longeant les côtes américaines, ce territoire possède de nombreuses rivières et ruisseaux adjacents. Le Lac de l'Est fut d'abord et avant tout un centre d'opérations forestières. Il contribua à l'essor de la Municipalité en fournissant ainsi matière à gagner pour nos concitoyens. Avec le temps, les gens découvrirent aussi sa beauté et sa polyvalence, ce qui, combinées avec le déclin de l'industrie forestière, lui donna un important attrait touristique enrichi par la chasse et la pêche

 

 
 

LA GRANDE ÉPOQUE DE L'EXPLOITATION FORESTIERE,
 1850-1960

Qui parle d'opérations forestières parle aussi d'occupation des lieux. Vers 1860, les travailleurs, surtout des jeunes, se rendaient à pied de Mont-Carmel, Saint-Pacôme et autres paroisses avoisinantes, jusqu'à la rivière SaintJean située à huit milles du Lac de l'Est, pour y bûcher, haler et draver le bois. Ainsi, dans son rapport pour 1867-68, le curé de Mont-Carmel écrit que 20 à 25 jeunes gens sont partis l'automne pour les chantiers de la rivière Saint Jean et sont revenus le printemps pour aider aux semences Avec le temps, un peuplement permanent s'installa. De mémoire d'homme, six familles habitaient la région vers 1880. Il s'agit des familles Dionne, Gray, Gendreau, Perrault, Labrie et Moore. Elles vivaient de culture du sol, de chasse et de pêche durant l'été, et l'hiver, elles s'adonnaient au commerce du bois comme tous les cultivateurs du temps et d'aujourd'hui. Fait assez surprenant, le principal gibier de ces années était le caribou, dont on expédiait la peau en Angleterre. (Renseignements fournis par Tancrède Dionne

 

Les premières compagnies forestières

La première exploitation d'envergure fut celle des frères Julius et Victor Fawrs du Nouveau-Brunswick qui ouvrirent un chantier vers 1894 au Lac de l'Est et le maintinrent en opération pendant quelques années; ils faisaient draver leur bois sur la rivière Saint-Jean. Après eux, Bony et Towers s'installèrent dans la région: un bureau (office) existait au Lac de l'Est en 1898. Au ruisseau d'eau claire, ils opéraient un petit moulin pour "dormants" de chemin de fer qui étaient dravés sur la rivière du Loup jusqu'à la ville de ce nom; le bois de construction était expédié parla rivière Saint Jean. Ils opéraient aussi un moulin au chemin de front ou Taché.

Au début du siècle, la Rivière-Ouelle Pulp Lumber Co. ouvrit un chantier sur l'emplacement futur du Transcontinental; on y coupait un peu de bois de pulpe et surtout du bois de construction qui alimentait un moulin à scie en opération à Powerville depuis 1904 et qui employait une quarantaine de personnes. En 1910, les frères Demers de Saint-Agapit de Lotbinière coupèrent du bois de pulpe en bas de Powerville pendant environ trois ans; ils l'expédiaient par Saint-Philippe-de-Néri.

A l'automne de 192 S, la Compagnie Fraser qui coupait déjà depuis quelques années sur les limites de la Eaton Land Co., ouvrit un moulin au Lac de l'Est. Ce moulin brûla en 1932 et la compagnie ne le reconstruisit pas. 

Les frères Plourde

A compter des années 1930, l'histoire du Lac de l'Est fut grandement marquée par l'activité des frères Plourde, Albert, Alfred et Michel. En voici l'essentiel. (Selon les renseignements fournis principalement par Michel Plourde en 1967).

Ces hommes s'étaient sentis très tôt attirés par l'industrie forestière. Peu à peu, ils avaient commencé à faire couper du bois comme entrepreneurs forestiers notamment pour la Power Lumber Co. Ltd. A l'automne de 1934, Michel Plourde loua le moulin de Denis Garon au chemin de front et opéra une coupe sur les limites à bois de la Compagnie Power; à l'automne de 1935, ses frères se joignirent à lui et on utilisa un deuxième moulin à Painchaud pour scier le bois bûché sur une coupe de bois achetée de la Eaton Land Co. A l'automne de 1936, les frères Plourde achetèrent pour dix ans le droit de coupe sur la limite de la dite compagnie, qu'avaient eue les Fraser avant eux, et construisirent un moulin à scie sur le bord du Lac de l'Est tout en continuant d'opérer celui de Painchaud pendant encore une couple d'années. Le Lac de l'Est entrait dans sa phase la plus brillante.

En 1941, les frères Plourde se portèrent acquéreurs du reste des limites et autres biens de la Power Lumber Co. Ltd, aux mains de la Banque Canadienne Nationale depuis la faillite de la compagnie en 1932. Le bois empruntait le chemin des "madriers" d'East Lake à Saint-Pacôme. La scierie de SaintPacôme fonctionna jusqu'en 1952 alors que les frères Plourde furent dans l'obligation "de limiter leurs opérations au Lac de l'Est, les terrains forestiers alimentant la scierie de Saint-Pacôme étant épuisés ou trop éloignés pour fournir un rendement profitable". (Les
citations de ce paragraphe et des suivants sont tirés de La Société Historique Industrielle Inc., éd., Le Pays de la Beauce Le Bas du Fleuve et la Gaspésie, p. 317).

"Le moulin du Lac de l'Est devint donc l'artère principale vers laquelle s'achemina le bois coupé sur les limites de Power Lumber et de Plourde & Frères".

Deux incendies, l'un le 17 novembre 1945, l'autre dans la nuit du 21 au 22 mars 1954, obligèrent les propriétaires à reconstruire ce moulin, toujours doté d'un équipement des plus complets et des plus modernes.

"Les frères Plourde ont aussi fondé en 1954 une autre compagnie enregistrée sous la raison sociale de East Lake Lumber Co. Cette dernière s'occupe de mettre sur les marchés canadiens et américains la production du Lac de l'Est, que l'on achemine vers le moulin de préparation de Charny".

En 1950, Plourde & Frères Ltée se porta acquéreur des limites à bois de la Eaton Land Co. de Calais, Maine, soit 196 milles carrés pour le prix de 315 000 $ à part les frais de transaction. Ils possédaient alors une réserve forestière de près de 400 milles carrés. A cette époque, Plourde & Frères fournissait de l'ouvrage à plus de cent personnes en été et à près de deux cents en hiver sans compter l'usine de Charny qui donnait du travail à plus de trente employés à l'année longue.

Cinq ans après l'achat des limites de la Eaton Land Co., le domaine forestier de Plourde & Frères Ltée passa aux mains de la Donohue Brothers; les vendeurs se réservaient le droit de couper trente millions de pieds de bois de 195 5 à 1960. Après 1960, la compagnie a poursuivi ses opérations à Saint Just, en achetant le bois rond des contracteurs et en le faisant scier à contrat. Alfred Plourde acheta et répara ensuite une scierie en plus d'obtenir des droits de coupe de bois dans le Maine. Après la mort accidentelle d'Alfred Plourde et l'incendie de son moulin, ses frères, Albert et Michel, dont les transactions se faisaient surtout sous la raison sociale East Lake Lumber Co., ont continué les opérations forestières jusqu'en 1970. En 1986, l'Association des manufacturiers de bois de sciage du Québec a créé le prix Alfred-Plourde en hommage à son président-fondateur.

Les frères Plourde surent s'adjoindre des personnes-clefs que tous les travailleurs du Lac de l'Est ont connues:

  • Lionel Drapeau de Saint-Pacôme, contremaître au moulin, reconnu pour son professionnalisme sévère.

    Joseph Santerre, qui ferait rougir d'envie bien des ingénieurs d'aujourd'hui tellement son habileté était grande et ses talents diversifiés, en matière de moulin à scie ou autres.

    Léopold Plourde, machiniste autodidacte, maniant le tour avec dextérité et assurance pour fabriquer des pièces introuvables sur le marché ou vendues à des prix exorbitants. Sa compétence allait du moulin aux machineries lourdes, où il était bien épaulé par Jean-Baptiste Bérubé.

    Alphonse Lajoie de Saint-Pacôme, responsable de la comptabilité, homme affable bien connu de tous, qui demeura avec les frères Plourde jusqu'à la fin des opérations et de ses jours, pourrait-on dire.

Bien d'autres personnes mériteraient d'être mentionnées, en particulier tous les travailleurs forestiers et autres qui, pour gagner leur croûte, durent parfois travailler dans des conditions extrêmement difficiles.

Les conditions du peuplement

Avec la venue des compagnies forestières, d'autres familles s'ajoutèrent à celles de 1880, en provenance de Rivière-Ouelle, Saint-Pacôme, Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Mont-Carmel et de bien d'autres endroits plus éloignés comme Cabano, Sully, Estcourt et le Nouveau-Brunswick, selon les compagnies qui opéraient dans la région du Lac de l'Est. Vers 1927, on comptait quarante-cinq familles soit environ 350 personnes. Ce fut probablement le maximum de la population permanente.

Au cours des premières années de l'exploitation forestière, le curé de Mont-Carmel se rendait visiter les chantiers l'hiver et avait vraisemblablement un autel portatif en 1897. Avec l'implantation d'une population permanente, il commença à desservir plus régulièrement la mission du Lac de l'Est; le curé Saint-Pierre s'y rendait (lui ou son vicaire) une fois par mois et il disait la messe dans un local de la compagnie. En 1927, avec l'aide du Gouvernement, il fit construire une chapelle dont le clocher fut doté de cloches provenant de la Rivère-Manie vers 1944. La chapelle fut vendue aux Pères du Saint-Esprit le 26 janvier 1962 et rachetée par la Fabrique de Mont-Carmel pour la somme d'un dollar en 1981.

Les baptêmes des nouveau-nés étaient retardés selon la disponibilité des gens et du curé; les gens se mariaient à la chapelle du Lac, mais les funérailles avaient lieu dans l'église de Mont-Carmel et les inhumations au cimetière paroissial.

Dans les premiers temps, les enfants fréquentaient les classes de Bayonne ou de Lichepain. Avant 192 8, il y aurait eu un instituteur originaire de Trois-Pistoles. Par la suite, ce furent des institutrices dont voici les noms (sans ordre chronologique): Berthe Michaud, Jeannette Caron, Yvonne Gagnon, Catherine Saint-Onge, Cécile Plourde, Georgette Anctil, Monique Plourde et Jeannine Lévesque. Certains élèves se prévalurent de cours par correspondance, comme, par exemple, Claudette Bérubé, fille deJean-Baptiste Bérubé et de Simone Milliard.

C'était l'époque où les naissances se faisaient à domicile et les docteurs Landry, Darveau, Albert Royer et Léo Leclerc durent souvent se rendre au Lac dans des conditions difficiles. On avait recours à des sages-femmes quand le médecin ne pouvait se rendre; on nous a mentionné les noms d'Anna Dionne (madame Paul Beaulieu), de Mary Langlais (madame Ernest Roussel) et de mesdames François Milliard et Ashey Hoff. Il y en eut sans doute d'autres dont nous ignorons le nom.

En 1927, il y avait 55 enfants d'âge scolaire; il y en aurait eu jusqu'à 73 à un certain moment. On louait des locaux de classe chez des particuliers. Une institutrice qui devait marcher 1/4 de mille pour se rendre à sa classe dut éviter de justesse un ours un de ces bons matins, ce qui donna lieu à l'occupation de la chapelle à des fins scolaires durant l'hiver 1945. Plus tard on fit l'acquisition de la propriété voisine, celle de Thomas T. Lévesque, barbier, où l'enseignante pouvait aussi se loger.

Les denrées, telles la viande, les légumes ou la farine, étaient fournies par des marchands ambulants. Le nom de François Milliard (Mirène) est souvent mentionné; il vécut aussi au Lac avec sa famille.

Quant à la poste, c'est via Mont-Carmel qu'elle s'effectua jusqu'à la venue du chemin de fer en 1912 . Florent Blier et Octave Beaulieu furent tout à tour maîtres de poste à East Lake. A l'époque, même l'alcool à 90% était acheminé Québec-East Lake lorsqu'il n'était pas produit directement sur place..

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Un spectaculaire accident
 d'avion en 1940


Le 17 novembre 1940, un accident d'avion marqua les citoyens du temps. Surpris par la mauvaise température et le manque d'essence avec six membres d'équipage à bord, un Digby 749 de l'ARC s'est écrasé sur le flanc d'une montagne, à droite du Lac, du côté américain. Trois (3) aviateurs munis de parachutes atterrirent à un arpent du camp d'Edmond Massé. Des recherches furent effectuées par mer et par terre pour retrouver les autres mais sans succès. Ce ne fut qu'au printemps que deux corps attachés au même parachute furent découverts par des chasseurs et retirés des eaux du Lac.

Cet événement a soulevé bien des discussions et des commentaires. Qu'est devenu le sixième passager? Quelles sont les causes véritables de l'accident? Certains parlaient de bombes larguées dans le Lac, tous se perdaient en conjonctures. Les citoyens du temps se souviennent d'avoir participé au ratissage, à l'aide de l'armée et de l'aviation, ce qui amena une invasion des lieux, du jamais vu! On parle de 500 personnes et de 15 avions.

En 1983-84, l'armée fit encore des investigations dans le Lac pour découvrir Dieu sait quoi! Encore là, on parlait de bombes, au dire d'un témoin oculaire. Mais les militaires ont été dans l'impossibilité ou ont négligé de se rendre à l'endroit de l'écrasement.

La fin d'une époque

Avec la disparition de la majorité de l'exploitation forestière, le désertion des lieux se fit progressivement. Plusieurs maisons furent démolies pour être reconstruites à Mont-Carmel ou ailleurs, d'autres furent tout simplement détruites. Les gens retournèrent dans leur lieu d'origine, Sully, Saint-Louis du Ha Ha, le Nouveau-Brunswick, MontCarmel, etc. Tel fut le dénouement d'une phase très longue de l'histoire du Lac de l'Est.

 

 
 

Tiré du livre Notre-Dame du Mont-Carmel
Comté Kamouraske 1867-1992
Son histoire - ses familles

 

 
 

Nouvelles orientation

 
 

 

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