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de la mauvaise visibilité dans
la pluie et le brouillard, l'avion a dû décrire des cercles au-dessus de
l'aérodrome durant deux heures en attendant que les conditions
s'améliorent. Le mauvais temps persistant, on ordonne alors au
commandant de bord de se diriger vers Montréal. Chemin faisant
cependant, le vol a été rendu difficile par le givrage de l'appareil et
par des précipitations de neige de plus en plus abondantes. À cause du
mauvais temps, l'électricité statique crée de l'interférence, ce qui
fausse quelque peu les relevés des instruments de navigations, d'ou les
cercles répétés du bombardier au-dessus des paroisses limitrophes. Peu
après 22 heures la noirceur, le givrage de la cellule, la méconnaissance
du relief et surtout le manque éminent d'essence ont contraint le
commandement à ordonner l'abandon de l'avion. L'équipage a alors sauté
en parachute au-dessus d'une région situé à proximité du lac de l'Est et
peu après l'avion s'est écrasé dans les bois, à environ un demi-mille à
l'ouest du lac.» Le lieutenant
Leblanc raconta alors qu'il y avait eu une "chicane" à bord de l'avion.
En effet, le commandement Richardson avait fait monter à bord un de ses
amis, le capitaine Clay: il manquait donc un parachute. Après de très
vives discussions, le commandant du accepter de descendre son ami avec
lui sur le même parachute. D'ailleurs, le premier juillet suivant, on
les trouva tous les deux attachés au même parachute parmi les billots du
lac. Le lendemain, le 18
novembre, les forces canadiennes ont lancé une gigantesque opération de
recherches à laquelle ont participé plus de quinze avions et cinq cents
personnes. On a tôt fait de localiser les deux mitrailleurs: l'aviateur-chef
Benoît et l'aviateur première classe Johnson qui n'avaient subi que des
blessures légères. Ils furent localisés près de la ligne américaine dans
la région de Saint-Pamphile. En
décembre, comme la neige plus abondante rendait les recherches
difficiles et que le froid plus cinglant laissait peu d'espoir de
retrouver le reste de l'équipage en vie, les recherches ont été
abandonner pour reprendre au printemps, mais peine perdue. En effet, les
dépouilles du commandant, le lieutenant d'aviation Richardson et du
navigateur, le capitaine Clay, ont été découvertes seulement le premier
juillet parmi les billots qui flottaient sur le lac. La dépouille du
dernier membres d'équipage, l'aviateur-chef Howard qui étant le radio de
l'avion n'a jamais été retrouvée.
Dès que la glace du lac fut assez solide pour supporter
de la machinerie, l'épave de l'avion fut évacuée jusqu'à East-Lake et de
là par le train jusqu'à Québec. Monsieur Edmond Massé qui en avait la
responsabilité nous avoua bien franchement qu'il ne restait pas grand
chose à sauver, les chasseurs d'épaves et de souvenirs étant passés par
là. Et c'est l'histoire de cet avion qui, au soir du 17 novembre 1940,
réveilla nos bonnes gens de Saint-Pacôme.
Ce "Douglas Dighy 749" avait aussi un armement de trois
mitrailleuses mobiles, modèle Colt, de calibre 30. La charge de bombe
était de 4 520 livres au maximum. Ce Didgy, d'après les informations
fournies par la Défense nationale, est le nom que l'on donnait dans
l'A.R.C. au Douglas DB280, un bombardier bimoteur moyen fabriqué durant
les années 1930 pour l'aviation de l'armée américaine. Il a été mis en
service dans l'A.R.C. en avril 1940 lorsque le dixième escadron basé à
Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, a entrepris de se doter d'appareils Digby.
Cet escadron a lancé huit attaques contre des sous-marins allements (U-boats
) et le 30 octobre 1942, il en a détruit un (le U-250) au grand large
dans l'atlantique. En 1960, lors
d'un voyage de pêche sur le lac de l'Est, même si la végétation avait
quelque peu repris ses droits, nous décelions encore les traces du
passage de ce bombardier qui avait étêté les épinettes sur une assez
longue distance avant de percuter le flanc de la montagne.
Un témoin visuel, le propriétaire du chantier, monsieur
Edmond Massé, me confiait que le lieutenant Leblanc, le premier rescapé,
qui était demeuré accroché dans les arbres près de son camp de chantier,
n'était pas nerveux du tout. Au contraire, son expérience de haute
voltige semblait lui avoir ouvert l'appétit me disait-il. «En effet, je
n'ai jamais vu un homme manger autant en si peu de temps.»
Extrait du livre
Saint-Pacôme,ce dont je me souviens
M. Réginald Grand'Maison
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