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Lac de l'Est

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  L'ÉCRASEMENT DU
BOMBARDIER DOUGLAS

 

 
 

Nous sommes à l'automne de 1940, plus précisément le 17 novembre. Il a neigé une partie de la journée, le temps est bas comme disent nos gens. Vers 21 heures le ronronnement d'un avion semble s'intensifier. Le bruit disparaît mais revient aussitôt. C'est comme si un avion était en détresse et tournaient au-dessus de Saint-Pacôme. La neige trop abondance nous empêche cependant de voir quelque chose de précis, mais de nombreuses personnes se rappellent ce bruit bien caractéristique. Le lendemain, la nouvelle se répand rapidement: un bombardier est tombé au lac de l'Est tout près d'un camp de bûcherons. Beaucoup de gens de Saint-Pacôme y travaillaient d'ailleurs. Le camp était celui de monsieur Edmond Massé de Mont-Carmel. «Vers les 22 heures, nous confiait ce dernier, un bruit infernal réveille subitement les dormeurs. En un instant, tout le monde est dehors et l'on constate qu'un homme accroché à un parachute est suspendu à une épinette. On le dégage alors de sa fâcheuse position. Il s'agit du lieutenant d'aviation Leblanc, le copilote de l'avion qui vient de s'écraser à  quelque distance de là. Il était à bord  d'un bombardier bimoteur,  le Digby 749,  avec

 
 

six membres d'équipage. Il effectuait une patrouille anti-sous-marine régulièrement au-dessus de la région de Cape Race lorsqu'il a été rappelé à Gander  (Terre-neuve ) parce que le temps se gâtait rapidement. Au retour à  la basse, comme il était impossible  d'atterrir  à cause du plafond  très bas et

 
 

de la mauvaise visibilité dans la pluie et le brouillard, l'avion a dû décrire des cercles au-dessus de l'aérodrome durant deux heures en attendant que les conditions s'améliorent. Le mauvais temps persistant, on ordonne alors au commandant de bord de se diriger vers Montréal. Chemin faisant cependant, le vol a été rendu difficile par le givrage de l'appareil et par des précipitations de neige de plus en plus abondantes. À cause du mauvais temps, l'électricité statique crée de l'interférence, ce qui fausse quelque peu les relevés des instruments de navigations, d'ou les cercles répétés du bombardier au-dessus des paroisses limitrophes. Peu après 22 heures la noirceur, le givrage de la cellule, la méconnaissance du relief et surtout le manque éminent d'essence ont contraint le commandement à ordonner l'abandon de l'avion. L'équipage a alors sauté en parachute au-dessus d'une région situé à proximité du lac de l'Est et peu après l'avion s'est écrasé dans les bois, à environ un demi-mille à l'ouest du lac.»

Le lieutenant Leblanc raconta alors qu'il y avait eu une "chicane" à bord de l'avion. En effet, le commandement Richardson avait fait monter à bord un de ses amis, le capitaine Clay: il manquait donc un parachute. Après de très vives discussions, le commandant du accepter de descendre son ami avec lui sur le même parachute. D'ailleurs, le premier juillet suivant, on les trouva tous les deux attachés au même parachute parmi les billots du lac.

Le lendemain, le 18 novembre, les forces canadiennes ont lancé une gigantesque opération de recherches à laquelle ont participé plus de quinze avions et cinq cents personnes. On a tôt fait de localiser les deux mitrailleurs: l'aviateur-chef Benoît et l'aviateur première classe Johnson qui n'avaient subi que des blessures légères. Ils furent localisés près de la ligne américaine dans la région de Saint-Pamphile.

En décembre, comme la neige plus abondante rendait les recherches difficiles et que le froid plus cinglant laissait peu d'espoir de retrouver le reste de l'équipage en vie, les recherches ont été abandonner pour reprendre au printemps, mais peine perdue. En effet, les dépouilles du commandant, le lieutenant d'aviation Richardson et du navigateur, le capitaine Clay, ont été découvertes seulement le premier juillet parmi les billots qui flottaient sur le lac. La dépouille du dernier membres d'équipage, l'aviateur-chef Howard qui étant le radio de l'avion n'a jamais été retrouvée.

Dès que la glace du lac fut assez solide pour supporter de la machinerie, l'épave de l'avion fut évacuée jusqu'à East-Lake et de là par le train jusqu'à Québec. Monsieur Edmond Massé qui en avait la responsabilité nous avoua bien franchement qu'il ne restait pas grand chose à sauver, les chasseurs d'épaves et de souvenirs étant passés par là. Et c'est l'histoire de cet avion qui, au soir du 17 novembre 1940, réveilla nos bonnes gens de Saint-Pacôme.

Ce "Douglas Dighy 749" avait aussi un armement de trois mitrailleuses mobiles, modèle Colt, de calibre 30. La charge de bombe était de 4 520 livres au maximum. Ce Didgy, d'après les informations fournies par la Défense nationale, est le nom que l'on donnait dans l'A.R.C. au Douglas DB280, un bombardier bimoteur moyen fabriqué durant les années 1930 pour l'aviation de l'armée américaine. Il a été mis en service dans l'A.R.C. en avril 1940 lorsque le dixième escadron basé à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, a entrepris de se doter d'appareils Digby. Cet escadron a lancé huit attaques contre des sous-marins allements (U-boats ) et le 30 octobre 1942, il en a détruit un (le U-250) au grand large dans l'atlantique.

En 1960, lors d'un voyage de pêche sur le lac de l'Est, même si la végétation avait quelque peu repris ses droits, nous décelions encore les traces du passage de ce bombardier qui avait étêté les épinettes sur une assez longue distance avant de percuter le flanc de la montagne.

Un témoin visuel, le propriétaire du chantier, monsieur Edmond Massé, me confiait que le lieutenant Leblanc, le premier rescapé, qui était demeuré accroché dans les arbres près de son camp de chantier, n'était pas nerveux du tout. Au contraire, son expérience de haute voltige semblait lui avoir ouvert l'appétit me disait-il. «En effet, je n'ai jamais vu un homme manger autant en si peu de temps.»

Extrait du livre
Saint-Pacôme,ce dont je me souviens
M. Réginald Grand'Maison
 

 

 
 

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